Pfffiouuuu...
Déjà, ça balançait pas mal, pas mal du tout.
Mais alors là...
Tu te rassois, et paf, dans ta gueule. Ils t'agressent, te jettent en pleine face leurs sons saturés, perçants, qui dérangent. Ils détruisent tes tympans avant même leur entrée sur scène. U.H.T. Ultra Haute Température. Ils occupent la scène, te lancent leur rythme comme ça, sans prévenir. Un p'tit temps d'adaptation, le temps que tes oreilles retrouvent une partie de leur fonction, que l'habile cadence soit en place, et toi de même. Mais court, ce temps, parce que tout de suite, tu plonges dans leur univers, dont tu ne soupçonnais pas toutes les possibilités il y a encore quelques minutes. Plus trop d'repères, à part ta chaise, à laquelle tu es encore solidement fixé : le décollage a été aussi déroutant que fulgurant, il faut s'accrocher.
S'ajoute alors un son planant, qui vient d'on ne sait où... Une subtile mélodie qui vient doucement nous enivrer, s'installe petit à petit, puis fait sa réelle apparition sur scène. La virtuose violoniste s'invite auprès du trio, et, sans bouleverser leur monde, Estelle Goldfarb nous entraîne encore plus loin. Tu ne sais pas où encore d'ailleurs, et tu ne le sauras même jamais vraiment, puisque tu planes au-dessus de tous ces mélanges surprenants, entre hip-hop, électro, rock, jazz, dance floor...jamais auparavant tu n'aurais pu penser qu'une telle confusion des genres puisse donner un tel résultat détonant. Les intrépides showmen et l'étonnante soliste osent un exercice insolite et extrêmement périlleux. C'est osé, mais tu t'accroches, et ça marche. Ambiance psychédélique recherchée, la magie opère et nous en donne bien plus qu'on ne pouvait en attendre. Trop pour certains, qui partent sûrement avec un mal de tête assourdissant et les oreilles qui sifflent et bourdonnent encore au moins pour la nuit. Mais p*tain c'est trop bon quoi.
L'impulsion est donnée, le maître arrive. Nguyên Lê rentre modestement sur scène, le vrai, en chair, en os, et en chemise funky. D'une attitude tellement tranquille, il prend sa guitare en main, et joue. Il joue, oui, il s'amuse, et avec une facilité déconcertante il s'ajoute au quatuor telle la pièce qu'il manque toujours au puzzle. Inventif, cet harmonieux puzzle ! La fusion est immédiate, tu assistes à une explosion qui ne cesse de monter en puissance avec panache, sans pour autant nous laisser sur la touche. A partir de là, tu n'as plus de chaussures aux pieds, la tête sur les épaules, ni les mots pour expliquer. Tu ne peux pas décrire le voyage, il faut être de la partie pour comprendre, si encore on admet qu'on y ait compris quelque chose.
L'ascension si divinement maîtrisée est troublante, tu es saisies jusqu'au bout, parce que oui, il y a une fin. Mais le public reste sur la sienne, de faim. Heureusement, ils ont même pensé au dessert. Et on en redemande, debout, les mains en l'air, le sourire aux lèvres, les pieds en transe ! Alors, puisque tu ne sais plus quoi dire, d'ailleurs à quoi bon essayer tu paraîtrais bien ridicule à tenter de formuler une phrase sensé après un show si époustouflant, tu leur dis chapeau les artistes, et merci.
Et eux, ils te répondent : de même.
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